Actuellement, le programme américain « National Memory Screening
» privilégie une telle approche de dépistage populationnelle. Une adaptation canadienne
de ce modèle est voie d’implantation sous l’égide de la Fondation Alzheimer pour
les proches aidants du Canada. Depuis 2003, le réseau de soins de santé primaires
d’Edmonton Sud procède au dépistage systématique du déclin cognitif chez les personnes
diabétiques âgées de 70 ans et plus. Cette évaluation annuelle de routine est pratiquée
par une infirmière spécialisée en gériatrie et affiliée à un groupe de médecine
familiale du « Primary Care Initiative ». Soulignons également que dans la foulée
de sa réforme de la santé, le nouveau plan américain Medicare, s’il est approuvé,
devrait assurer le remboursement de tous actes « de dépistage des troubles cognitifs
faisant partie de l'examen médical annuel ». En France, s’appuyant notamment sur
les résultats d'une étude suggérant qu'un programme de DSC pouvait retarder l'institutionnalisation
de 36 mois, les médecins des Hautes Seines ont choisi d’y adhérer en pratiquant
le dépistage systématique du trouble cognitif chez toutes les personnes âgées de
75 ans et plus de leur communauté.
Sur la prémisse que tant et aussi longtemps qu’il n’existera pas de traitement curatif
de la maladie démentielle, Asford et al. (2006) considèrent que les mesures de prévention
demeurent le meilleur choix logique. En dépit qu’il n'y ait pas d’évidences en faveur
ou en défaveur des programmes de DSC du trouble cognitif gériatrique, les avantages
empiriques ont cependant été largement discutés. Notamment, la mesure pourrait se
révéler particulièrement bénéfique lors du repérage d’un trouble cognitif léger,
stade « pré-clinique » de la maladie démentielle, justifiant alors un resserrement
du contrôle des facteurs de risque.
Pour qu’une procédure de DSC soit acceptable, elle doit demeurer simple, rapide,
peu coûteuse, non invasive et ne doit susciter aucun préjudice moral ou psychologique
chez la personne évaluée. Les tests de dépistage utilisés doivent répondre à des
standards de précision, offrant une sensibilité et une spécificité supérieures à
90% ainsi que des valeurs de fidélité inter-juges et test-retest dépassant le seuil
de 0.7. Elle visera une clientèle âgée de 70 ans et plus (en raison principalement
d’une prévalence significativement plus élevée de la démence à cet âge) qui présente
un profil gériatrique à risque de maladie démentielle (histoire familiale au premier
degré de maladie démentielle et la présence de comorbidités telles le diabète, l’hypertension
artérielle, la maladie cardiaque et l’hypercholestérolémie). D’autres facteurs ont
également été évoqués (souvent désignés comme les « red flags »), tels la présence
d'une pharmacopée de plus de 7 médicaments pris quotidiennement, une histoire de
chute avec ou sans blessure dans les six derniers mois ainsi que deux épisodes d'hospitalisation
ou de visites à la salle d'urgence dans les 12 derniers mois.
Au cours d’une consultation médicale pour d’autres motifs, le repérage du trouble
cognitif chez la personne âgée peut être « manqué ». Adopter dans sa pratique clinique
une approche de dépistage systématique ciblé du trouble cognitif gériatrique peut
alors constituer une alternative efficace pour le médecin qui ne disposerait ni
du temps, ni de la formation nécessaire à son évaluation. Référer systématiquement
en clinique de la mémoire qui adhèrerait au principe du soin partagé offre également
l’avantage d’une prise en charge conjointe du déclin cognitif et d’un partage de
certaines interventions post-diagnostiques (évaluation de l’aptitude, établir un
plan de courtage de soins et services, assurer le lien avec les organismes communautaires...).
Nonobstant le débat entourant les questions éthiques, économiques, organisationnelles
et cliniques du concept de dépistage systématique ciblé de la démence, il n’en demeure
pas moins qu’une tendance favorable à sa prolifération semble émerger. En raison
du défi que pose le vieillissement de la population, toute stratégie nationale de
prise en charge des maladies démentielles, tant au Québec qu’ailleurs, devra se
montrer innovatrice et proposer un plan d’action axé sur la prévention et une gestion
« multifactorielle » des maladies chroniques associées.
Pour en connaître davantage...
Ashford et al. (2006). Should older adults be screened for Dementia ? Alzheimer & Dementia, 2, 2, 76-85.
Bergman et al. (2009). Relever le défi de la maladie d’Alzheimer et des maladies
apparentées. Une vision centrée sur la personne, l’humanisme et l’excellence. RAPPORT
DU COMITÉ D’EXPERTS EN VUE DE L’ÉLABORATION D’UN PLAN D’ACTION POUR LA MALADIE D’ALZHEIMER.
http://publications.msss.gouv.qc.ca/acrobat/f/documentation/2009/09-829-01W.pdf
Calonge, N. et al. (2007). Guide to Clinical Preventive Services Task Force. Agency for Healthcare Research and Quality. AHRQ Publications, 07-05100, 256 pages.
Coley ,N. et al. (2008). Dementia Prevention: Methodological Explanations for Inconsistent Results. Epidemiologic Reviews, 30, 35-66.
http://epirev.oxfordjournals.org/cgi/content/abstract/mxn010
Conseil général des Hautes Seines (France). Dépistage systématique de la maladie d’Alzheimer. Août 2007.
http://blogrevillon.blogs.com/mon_weblog/sant/.
Daly, S., Zirk, H. (2010). Le Réseau de soins de santé primaires d’Edmonton Sud
: une nouvelle étape dans les soins de la démence. Revue canadienne de la maladie
d’Alzheimer et autres démences, 13, 1, 7-11.
Dartigues J.F. et al. (2007). Rapport sur la maladie d’Alzheimer. Groupe d’expertise
collective sur la maladie d’Alzheimer. INSERM 593. Bordeaux, France.
Le plan Alzheimer et maladies apparentées : 2008-2012. France.
http://www.wmaker.net/reseaupsycho.fr/attachment/82337.