COMMENTAIRE DU PR BRUNO DUBOIS SUR
LE VIEILLISSEMENT COGNITIF NORMAL
EXTRAIT D’UNE ENTREVUE ACCORDÉE PAR LE PR BRUNO DUBOIS À LA REVUE
MÉDICALE ÉLECTRONIQUE
« ZEMEDICAL.COM » LE 11 FÉVRIER 2010.
"Maladies de la mémoire, maladies du siècle nouveau* ?"
"Docteur, est-il possible que ce soit un Alzheimer ?"
« La question d’une éventuelle maladie de mémoire se pose chaque jour en consultation sur un fond de très grande inquiétude. Dans ce contexte, il est nécessaire au praticien de mettre dans sa plus juste perspective le diagnostic de la maladie de mémoire, sans détours ni alarme excessive. Pour préfacer notre base d’information sur les maladies de mémoire, nous avons souhaité commenter cette situation initiale et, à cette fin, solliciter le Pr Bruno Dubois**. Expert de grande renommée et d’expérience, ayant “collaboré et progressé dans la recherche (dixit)” avec notre auteur, il a accepté de se prêter à l’exercice, nous l’en remercions.
B. Dubois, à propos de la perception du sujet par le public :
“ Au-delà de 55 ans, plus de la moitié des personnes se plaignent de leur mémoire ! Il s’agit donc d’un phénomène fréquent, voire normal. Mais avec le vieillissement de la population – et son corollaire, l’augmentation du nombre de sujets souffrant de maladies du cerveau – et avec la médiatisation inévitable autour de ces maladies qui constituent un problème de société et de santé publique, nous assistons aujourd’hui à une modification des comportements. Les gens se mobilisent de plus en plus. Ils viennent consulter leur médecin « pour agir tant qu’il en est encore temps ». Ils s’inquiètent au moindre oubli banal : « c’est mon Alzheimer qui commence... ». Cette inquiétude vient pour beaucoup d’une méconnaissance de la réalité de ce que sont ces maladies du cerveau, au premier rang desquelles la maladie d’Alzheimer. Il existe en effet un amalgame fréquent dans l’esprit de nos concitoyens entre les troubles liés au vieillissement normal et ceux liés à la dégénérescence cérébrale.”
B. Dubois, à propos du médecin et de son diagnostic mesuré :
“ La prise en charge des personnes qui s’inquiètent de leur mémoire nous a appris à mieux comprendre la signification de la plainte mnésique. Nous savons aujourd’hui qu’elle est le plus souvent en rapport avec des troubles de l’attention : elle s’observe par exemple lors du stress professionnel, de l’anxiété généralisée, des préoccupations personnelles, de la dépression qui peut être plus ou moins masquée, des troubles du sommeil (syndrome d’apnées du sommeil), ou lors de la consommation de certains médicaments.”
B. Dubois, à propos de l’information et la prise en charge initiale :
“ Il faut dire la vérité concernant ce domaine hautement sensible que nous avons appris à mieux connaître au cours de ces dernières années. En effet, le monde médical a réagi et beaucoup progressé dans la connaissance de ces problèmes. Des consultations de mémoire ont été créées, certes en nombre encore insuffisant ; des tests ont été validés, des examens complémentaires utiles ont été sélectionnés ; des médicaments ont été développés. (…) Il arrive que les troubles de mémoire soient l’expression initiale d’une maladie du cerveau. Ils ont alors des caractéristiques particulières et peuvent être identifiés par des tests de mémoire spécifiques. La médecine sait en effet reconnaître précocement les patients potentiellement atteints d’une maladie cérébrale.”