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L’aptitude à la conduite automobile sécuritaire chez la personne âgée atteinte de déficits cognitifs

Pouvoir conduire une automobile constitue une valeur essentielle, « quasi-intouchable », chez les personnes qui prennent de l’âge. Ce privilège demeure un gage d’indépendance et d’autonomie. Selon certaines statistiques, il n’y a pas plus d’accidents chez les conducteurs plus âgés en bonne santé et le vieillissement n’entraîne pas une augmentation des taux d’accidents. En ce sens, il n’y aurait pas lieu de restreindre d’emblée la conduite automobile en raison seulement de l’âge d’une personne.

Néanmoins, souffrir de troubles cognitifs représente un réel danger lors de la conduite d’une automobile et s’accompagne d’un risque d’incidents ou d’accidents. Celui-ci s’accentue d’autant plus lorsque la personne témoigne de déficits sensoriels surajoutés ou d’autres maladies non contrôlées (par exemple, des épisodes d’hypo ou d’hyperglycémie au volant chez la personne diabétique).

Il est du devoir du médecin et de tous autres intervenants habilités par la loi de juger en premier recours de cette aptitude et de formuler les recommandations utiles à la Société de l’assurance automobile du Québec lorsque la sécurité de la personne et celle du public semble compromise.

Certes, à la Clinique gériatrique de la mémoire, nous accordons une attention particulière aux indicateurs d’une inaptitude à la conduite automobile. Les signes observables ou rapportés par les proches d’une inaptitude croissante à la conduite automobile sont en général corrélés avec la sévérité des troubles cognitifs. Lorsque cette situation se produit, il est nécessaire de demander une évaluation plus approfondie, laquelle est généralement pratiquée en ergothérapie. De plus, peu avant le moment où cette inaptitude apparaît probante et que vient le temps de prendre les mesures nécessaires au retrait du permis de conduire, les proches doivent planifier les actions alternatives au transport et déplacements.

Un examen d’évaluation de l’aptitude à la conduite automobile vise notamment à mesurer les changements dans l’acuité visuelle, les temps de réaction et la coordination et ce, au même titre que le fonctionnement cognitif. Les stratégies compensatoires sont également examinées et peuvent palier, pendant une certaine période de temps chez certains individus, aux déficits cognitifs. D’autres protocoles d’évaluation, telle l’approche DriveAble, misent sur la mesure d’une typologie d’erreurs de conduite par catégorie (discriminatives, non discriminatives, de critères, etc…), certaines erreurs étant « potentiellement plus dangereuses » que d’autres. Nonobstant le protocole utilisé, l’objectif demeure le même, à savoir identifier les conducteurs âgés présentant des déficits cognitifs les plus à risque.

L’annonce d’une inaptitude à la conduite automobile est rarement bien accueillie par la personne âgée. Il faudra alors faire preuve d’empathie et tenter de dédramatiser, surtout chez la personne qui participe toujours au processus décisionnel et qui risque de s’opposer au « verdict ».

Le cheminement clinique adopté au RCGM de l’évaluation de l’aptitude à la conduite automobile est illustré à la Figure 1. La trajectoire évaluative prévoit de faire intervenir des consultants spécialistes au cours de certaines étapes de l’évaluation et dont l’objectif est de statuer sur l’aptitude ou l’inaptitude avec la plus grande précision possible.